D’où vient cette idée d’être continuellement au régime ?

 

Vous êtes-vous déjà demandé qu’elle fût l’origine « d’être au régime », ce comportement qui consume la majorité des femmes… et des hommes ? À quel moment avons-nous été happés par cette vague qui perpétue l’insatisfaction face au corps et face à soi-même? 

Jane Ogden, professeure en psychologie de la santé à l’Université de Surrey en Grande-Bretagne, a publié plusieurs ouvrages sur le sujet. Son plus récent livre, The Psychology of Eating. From Healthy to Disordered Behavior1, dédie un chapitre complet aux régimes amaigrissants et à leur historique. C’est de ce chapitre que j’aimerais vous parler.

Selon Jane Ogden, les femmes sont depuis toujours insatisfaites avec certaines parties de leur corps et tentent de les manipuler dans le but de répondre aux standards de la société. Par exemple, il y a eu l’époque où l’on bandait les pieds, celle de la circoncision féminine et celle où le port de corsets et de bustiers étaient en vogue. Depuis longtemps, nous utilisons la technique de rembourrage pour amplifier certaines parties du corps et à l’inverse, le port du corset et des gaines et sous-vêtements amincissants dans le but de minimiser et de camoufler. Le corps de la femme n’a jamais été accepté tel qu’il est et être au régime n’est que la version moderne de toutes ces contraintes imposées aux femmes depuis des années.

Afin de correspondre aux standards proposés par la société actuelle, les femmes ont donc commencé à adhérer à des régimes amaigrissants. Les années 60 constituent d’ailleurs le « boom » de popularité des régimes amaigrissants. À titre d’exemple, Weight Watchers a vu le jour en 1963 aux Étas-Unis et en 1967 en Grande-Bretagne. Au départ, les cliniques d’amaigrissement visaient à aider les personnes avec un réel surplus de poids, en leur offrant de l’information nutritionnelle et du soutien afin d’améliorer leurs habitudes alimentaires. Toutefois, avec le temps, le public cible semble s’être drôlement élargi. En effet, tandis qu’environ 20% de la population souffrirait d’obésité, la grande majorité des femmes d’aujourd’hui suit un régime amaigrissant ! La majorité des personnes qui suivent un régime ne souffre pas d’un surplus de poids. Leur désir de perdre du poids n’est pas relié à un désir d’être en santé mais plutôt à un désir d’esthétisme. L’industrie de l’amaigrissement crée ce besoin et génère d’ailleurs 50 milliard par année2.

Selon Jane Ogden, l’industrie de l’amaigrissement assure sa propre existence de trois façons.  Dans un premier temps, elle perpétue les stéréotypes liés à la silhouette en faisant la promotion de l’idée que la minceur est ce qu’il y a de plus désirable. Plus spécifiquement, l’industrie de l’amaigrissement entretient la notion que la minceur est associée à être « en contrôle » et perpétue l’idée qu’être mince est un signe de stabilité émotionnelle. Dans un deuxième temps, elle maintient l’idée erronée qu’être au régime peut réellement modifier la silhouette et donc que le corps est malléable. Comme si nous n’avions qu’à utiliser les bons produits pour y arriver ! Finalement, l’industrie de l’amaigrissement change les limites de son public cible. Si l’industrie visait seulement les personnes qui ont besoin de perdre du poids pour des raisons de santé, son public cible serait très petit. En impliquant toutes les femmes qui ont la perception d’avoir un surplus de poids, son public cible devient énorme et sans limite.

L’industrie de l’amaigrissement, en étant omniprésente dans le monde des médias, crée et perpétue la glorification de la minceur. Elle perpétue également l’idée erronée que les régimes fonctionnent. L’industrie de l’amaigrissement représente l’industrie parfaite. Elle s’assure que les femmes restent insatisfaites de leur corps et qu’elles croient que les régimes amaigrissants soient la solution. En offrant un produit qui ne fonctionne que très rarement, l’industrie de l’amaigrissement s’assure alors de sa survie !3

 

  1. Ogden, Jane. (2010). The Psychology of Eating. From Healthy to Disordered Behavior, Second Edition. West Sussex : Wiley-Blackwell Press.
  2. Maine, M. (2000). Body wars : making peace with women’s bodies. Carlsbad, CA : Gurze books.
  3. Ogdenm Jane. (1992). Fat Chance ! The Myth of Dieting Explained. London: Routledge.

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