Popcorn et Cabernet Sauvignon

J’aimerais vous parler d’un livre fort intéressant intitulé Conditionnés pour trop manger (traduction française de Mindless Eating) de l’auteur américain Brian Wansink. Psychologue spécialisé dans l’analyse des comportements alimentaires et détenteur d’un doctorat de l’Université Stanford, Brian Wansink nous révèle à quel point notre environnement influence nos comportements alimentaires. Les concepts qu’il dévoile dans son livre sont d’une part appuyés par des études scientifiques sérieuses mais aussi livrés sur un ton humoristique et convivial.

Au fil des prochaines semaines, je partagerai avec vous certains des principes énoncés par Brian Wansink et qui feront de vous, je l’espère, des consommateurs plus conscients de leurs comportements alimentaires et de leurs conséquences.

Popcorn…

Pensez-vous qu’il soit possible d’aller au cinéma sans manger de popcorn ? Que feriez-vous si lors de votre prochaine visite au cinéma on vous offrait un sac de popcorn gratuit en échange de quelques questions à répondre ? C’est ce que Wansink et son équipe ont fait afin d’évaluer les facteurs qui influencent la consommation de popcorn au cinéma. Lors de leur arrivée, les participants se faisaient offrir un sac de popcorn mou et éclaté depuis cinq jours (donc très ordinaire au goût). Certains recevaient un sac de grandeur moyenne et d’autres un grand sac. À la fin de la représentation, on récupérait les sacs afin d’évaluer la consommation des participants. Les participants ayant reçu le grand sac avaient consommé 53% plus de popcorn que les participants ayant reçu le sac moyen. Le goût et la fraîcheur du popcorn ou le degré de faim des participants n’avaient aucune influence sur leur consommation. Par contre, la grandeur du sac et le fait qu’autour d’eux tout le monde consommait du popcorn expliquent beaucoup mieux les résultats obtenus. Manger du popcorn au cinéma fait partie du scénario que nous associons à cette activité et ce, même si nous n’avons pas faim, même si faire la file au comptoir de friandises signifie que nous manquerons le début du film et même si nous n’en n’avons tout simplement pas envie.

À la lueur de cette étude, quelle est alors la bonne marche à suivre pour ne pas tomber dans le piège des stimuli qui nous inciteront à manger du popcorn coûte que coûte ? Je suis une grande adepte de l’entre-deux et du compromis. D’une part, se priver de popcorn me semble frustrant et décevant. Disons que cela vient quelque peu perturber l’expérience du cinéma qui est si agréable… D’autre part, je dois admettre que le gros format de popcorn (vendu avec le gros format de boisson gazeuse et le gros sac de friandises) n’est pas nécessaire. Alors j’opterais pour l’achat du plus petit sac et ce, même si cela est moins économique. Ce que l’on veut économiser dans ce cas-ci, c’est plutôt votre santé ! Une autre option est aussi d’acheter un sac de grandeur moyenne, de demander un sac vide supplémentaire et de séparer la quantité entre les deux sacs. Vous pourrez ainsi aller piger à votre guise dans votre sac et y voir le fond, en plus de pouvoir manger la balance le lendemain en regardant votre télésérie préférée. Bon film !

Cabernet Sauvignon…

Vous considérez-vous amateur de grands vins ? Dans le cadre d’une étude menée par Wansink en 2004, lors de leur arrivée dans un bon restaurant (qui sert en fait de laboratoire d’étude), les clients  se faisaient offrir un verre de vin gratuit avant le repas. Le vin offert était en fait un vin à deux dollars au goût discutable. Les étiquettes des bouteilles avaient été remplacées, pour certains participants, par des étiquettes stylées vantant un bon Cabernet Sauvignon de Californie. Pour d’autres, les bouteilles arboraient une étiquette sans fioriture d’un Cabernet de la région du North Dakota (mieux reconnue pour sa neige et ses bisons que pour ses vignobles !). Que s’est-il produit ? Les participants des deux groupes ont consommé la même quantité de vin… soit la totalité! Par contre, c’est plutôt la quantité de nourriture consommée lors du repas qui différait. En effet, les participants croyant boire un Cabernet Sauvignon de Californie avaient mangé 11% plus et étaient restés 10 minutes de plus au restaurant que les participants croyant boire le Cabernet du North Dakota. Comme le dit si  bien Wansink : même repas, même vin, étiquettes différentes. Comment expliquer ces réactions ? Les participants croyant boire un bon vin étaient conditionnés à anticiper un bon repas (et donc à manger plus) tandis que ceux croyant boire de la « piquette » étaient dès le départ déçus non seulement du vin mais également de leur repas (et donc mangeaient moins).

Comment ne pas se faire prendre au piège ? Cesser de penser qu’un produit plus dispendieux est inévitablement de meilleure qualité. Toujours se fier à ses propres sensations et ses goûts et ce, indépendamment du nom du plat que nous mangeons ou de l’appellation du vin que bous buvons.

Il semblerait donc que peu de personnes se fient à leur appétit, leur envie ou tout simplement leur goût lorsqu’elles sont face à de la nourriture. La majorité se laisse plutôt influencer par la taille d’un contenant ou l’appellation d’une boisson. Puisque nous mangeons plusieurs fois par jour et que nous sommes constamment confrontés à des suggestions d’aliments, être plus à l’écoute de ses propres signaux devient essentiel au développement d’une saine relation avec l’alimentation et donc au maintien d’un poids d’équilibre !

 
Référence et lien :
Wansink, Brian. (2010). Conditionnés pour trop manger. Éditions Marabout.
Site web de l’auteur : www.brianwansink.com
 

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